La règle 3-2-1 : tout le monde la connaît, personne ne la tient

Par Axel Verbruggen · 3 janvier 2026

sauvegardeLTOpost-production

Trois copies, deux supports, une hors site. Le principe tient sur un post-it. Et pourtant, dans la majorité des productions que j’ai croisées, la réalité ressemble plutôt à ça : un NAS de travail, un disque de sauvegarde qu’on branche quand on a le temps, et l’intention de « s’en occuper après la livraison ».

Le problème n’est pas que les gens ne connaissent pas la règle. C’est qu’elle a été pensée pour de l’IT d’entreprise — des bases de données, des fichiers bureautiques — pas pour des projets qui brassent des To de rushes et 34 versions de montage sur des plannings serrés.

Pourquoi ça coince en production audiovisuelle ?

En production audiovisuelle, le goulot d’étranglement n’est pas la théorie. C’est le débit. Dupliquer un projet de 30 To sur un disque externe via USB 3.2 Gen 2 à 10 Gbit/s théoriques, c’est au mieux 8-10 heures en conditions réelles. Le faire trois fois, sur des supports différents, en parallèle du travail de montage — ça tient rarement dans le planning et encore moins dans le budget.

Résultat : la deuxième copie prend du retard, la troisième n’existe jamais, et le « hors site » reste un vœux pieux.

L’autre frein, c’est le flou sur ce qu’on protège. En cours de post-prod, les fichiers bougent, se renomment, se multiplient. Les proxys, les conformations intermédiaires, les exports de review — est-ce qu’on sauvegarde tout ? Seulement les rushes et les masters ? À quel moment on fige une version ? Sans convention claire en début de projet, la sauvegarde devient un chantier permanent que personne n’a le temps de tenir.

Qu’est-ce qui fait que la 3-2-1 fonctionne en post-prod ?

Les productions où j’ai vu la 3-2-1 fonctionner avaient un point commun : elles avaient séparé le stockage de travail de la logique de sauvegarde. Le NAS sert à travailler. La sauvegarde, c’est un process automatisé ou délégué qui tourne à côté, sans dépendre de l’énergie restante de l’assistant de post-prod à 22h un vendredi.

Concrètement, ça donne :

Le NAS de travail — la copie vivante, celle sur laquelle l’équipe monte, étalonne, mixe. Pas une sauvegarde, un outil.

Un miroir local — un volume séparé, synchronisé automatiquement ou par routine quotidienne. C’est le filet en cas de panne matérielle. Même lieu, mais support distinct.

Un exemplaire froid hors site — LTO ou cold storage, selon la taille du projet et la politique de la boîte. Une cartouche LTO-9 stocke 18 To natifs (45 To compressés), se conserve 30 ans selon les spécifications du consortium LTO, et ne consomme aucune énergie une fois rangée. Le cloud froid européen (OVH Cold Archive : 0,0012 €/Go/mois) offre la même logique sans gestion physique. C’est l’exemplaire qui protège contre le sinistre, le vol, ou simplement l’oubli.

Quelles sont les limites de la méthode 3-2-1 ?

La règle protège contre la perte. Elle ne dit rien sur le classement, la traçabilité, ni sur la capacité à retrouver un fichier trois ans après. Une copie hors site dont personne ne connaît le contenu exact, c’est une assurance dont on a perdu le numéro de contrat.

C’est la frontière entre sauvegarde et archivage — et c’est un autre sujet.